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Ma médaille est chatoyante mais son revers est crasseux

« Ma médaille est chatoyante mais son revers est crasseux » est une nouvelle initialement publiée sur le site Onire.com en mars 2004. Nous vous proposons le texte intégral ci-dessous :

Ma médaille est chatoyante mais son revers est crasseuxLéo poussa un long soupir de volupté, puis commença à s'agiter. Lesmuscles de ses fesses se contractèrent à plusieurs reprises ainsi queses abdominaux. Il fut ensuite pris de spasmes de plus en plus rapides." De très bon augure ", se dit-il.

Mais alors qu'il s'apprêtait à rejoindre enfin le nirvana, une sensation désagréable de fourmillement lui envahit la colonne vertébrale, lui coupant instantanément tous ses effets.
Il retira nerveusement les connections gluantes qui le reliaient au générateur de réalité virtuelle, sans suivre le protocole de sécurité. Il lui semblait encore sentir la délicieuse odeur de la peau chocolat de sa partenaire virtuelle et ses mots d'amour tournoyaient encore dans son esprit.
- Saloperie, s'égosilla-t-il.
Neuf fois sur dix, c'était la même chose, tout se déroulait toujours très bien au début, la chambre d'hôtel agréable, la jeune fille à son goût, les préliminaires moites et excitants, mais ça finissait toujours en eau de boudin au moment de l'orgasme. Et merde !!!
Pourtant cette fois-ci, Léo avait pris ses précautions. Il avait perdu un temps précieux avec le tech-commercial à qui il avait décrit toutes les améliorations cybernétiques et les modifications génétiques qui avaient été apportées à son système nerveux et ceci au risque de violer son serment de confidentialité. Il aurait fait n'importe quoi pour soulager la tension sexuelle qui le rongeait. Il était désespéré au point de mettre son job en danger.
Mais quoi qu'il fasse ou qu'il dise, c'était toujours la même merde ! Le tech-commercial lui avait dit un sourire plein de dents à la bouche " tu vas voir, elle va te plaire, c'est une vraie bombe et elle n'est pas sécurisée, tu peux lui faire ce que tu veux " et il ne lui avait pas menti. La fille était super et très coopérative, mais il n'avait en revanche pas tenu compte de ce qu'il avait spécifié.
Il commençait à émerger, une petite angoisse au coin de l'abdomen, et à distinguer l'endroit où il se trouvait. Une vingtaine de personnes étaient assises sur des morphosièges comme le sien et faisaient le tour de la pièce en roulant des yeux ahuris. Ils avaient l'air complètement shootés. Un homme était tombé de son siège, à genoux par terre ; il bavait et se tordait de douleur en se tenant le ventre. Un jeune femme en tailleur chic, qui portait une perruque rouge luminescente, s'était pissé dessus et haletait en roulant des yeux atterrés autour d'elle.
Un jeune homme à moitié nu arriva en courant vers Léo, prit son élan et sauta au-dessus de lui pour venir s'effondrer sur le générateur de réalité virtuelle qui se trouvait au centre de la pièce.
- A la suite d'un problème technique non identifié et indépendant de notre volonté, les différents programmes en cours ont dû être interrompus. Nous vous prions de nous excuser pour les désagréments occasionnés, dit une voix très légèrement métallique, relayée par les hauts-parleurs du plafond, sûrement celle du calculateur central.
- Alors là, c'est l'apothéose, dit Léo entre ses dents.
Léo était dans la merde, une fois encore. Il était à l'origine de ce cataclysme mais il savait aussi que personne ne pourrait le tenir pour responsable, car il n'existait pas aux yeux de l'administration. Encore un crime impuni ! Ce constat dessina un léger rictus sur son visage.
Après tout, il avait fait sa part. Il avait fait tout son possible pour éviter le drame mais un abruti de tech avait dû le prendre pour un mytho et n'avait pas jugé utile de tenir compte de ses implants.
Enfin, …encore un " Bar du virtuel "où il serait interdit de séjour pour longtemps.
Il jeta un œil furtif vers le fond de la salle pour voir ce qui s'y tramait mais son regard ne croisa que de pâles figures décérébrées. De plus en plus fort … et minable …
Il pensa durant une seconde rendre visite à la cellule technique pour leur donner des conseils et ainsi sauver la santé mentale de tous ces pauvres gens, … mais il devait être discret et n'avait plus beaucoup de temps à tuer.
Il aurait aimé pourvoir reculer encore un peu le sale boulot qui l'attendait mais ne voyant vraiment pas comment se divertir encore un peu. Il décida de quitter les lieux plutôt que de se morfondre ou de faire une autre connerie.
Il se leva avec difficulté après une grande inspiration pour rassembler ses forces. Ses jambes étaient molles et une nausée latente lui serrait la gorge par intermittence.
" Me voilà vraiment cassé pour le coup " pensa-t-il en déambulant entre les sièges et les corps jusqu'à la sortie.
Quelques mains se tendirent dans la pénombre sur son passage, des appels au secours silencieux, mais il ne prit pas la peine de leur accorder un regard.

Une fois dans la rue, il se posta devant la première borne réseau venue et demanda un monocab qu'il attendit durant deux minutes à peine.
" Bon, maintenant, il va falloir y aller ", pensa-t-il en entrant dans le petit véhicule crasseux.
- Où désirez-vous vous rendre, concitoyen, demanda le synthéroid chauffeur de sa voix chaude et sensuelle, en complète opposition avec sa physionomie de petit fonctionnaire anémique.
- Au Grand Symposium, lui répondit Léo, en plongeant la main dans la poche intérieure de sa veste en morphoplast dernier cri, pour se rassurer au contact froid et lisse de son pistoblast à fluctuation de champ, l'arme la plus dévastatrice qu'il ait jamais possédée durant sa carrière bien remplie.
- Vous allez écouter les débats ?
- Non, …..Oui, je suis conférencier…
- Ah, oui ! Quel groupe d'intérêts représentez-vous ?
Léo fit mine de ne pas avoir entendu la question et se tourna vers la vitre en soupirant.

Le monocab laissa Léo devant le Symposium dont les alentours étaient remplis de badauds, agglutinés devant les grilles depuis des heures dans l'espoir d'entrapercevoir Shymfadyl, le gouverneur d'Europa.
" Pauvres fous ", pensa Léo alors qu'il jouait des coudes et des épaules pour se frayer un chemin dans la foule. Il parvint en haut de la première série de marches, très agacé, après avoir dû sérieusement bousculer hommes, femmes et enfants.
Il fit signe aux forces de l'ordre qui gardaient la grille. Le regard d'un jeune milicien s'éclaira un instant en croisant le sien. Il rompit la formation pour se précipiter jusqu'à lui en affichant un air à la fois surpris et inquiet.
- Gardien Corosso, que faites vous là, vous êtes en retard et vous n'auriez pas dû passer par ce côté. Il y a trop de monde ici !
Léo faillit perdre son calme et provoquer un autre cataclysme ! Pour qui se prenait ce pauvre type ? De quel droit se permettait-il de lui donner des conseils et de mentionner son nom ?
- Shymfadyl est déjà dans le bâtiment, ajouta le jeune homme d'une voix beaucoup moins assurée, sentant l'atmosphère s'apesantir et espérant faire oublier ainsi son manque de respect.
- Et bien laissez-moi entrer, dit Léo en dévisageant les anonymes qui se pressaient autour de lui contre la grille.
- Veuillez mettre votre œil droit en face du lecteur optique, dit le jeune milicien en tendant le bras à travers la grille.
Léo s'exécuta en maugréant un peu, passa la grille et pénétra dans le grand Symposium en montant les dernières marches quatre par quatre, sous les regards circonspects des miliciens.
Dans le hall, son identité fut vérifiée une nouvelle fois. Il prit son mal en patience dans un grand effort de volonté pour retenir le flot d'injures qui lui chatouillait la gorge. Il avait fait assez de mal pour aujourd'hui !
Alors qu'il arrivait à hauteur de la porte principale du grand amphithéâtre, l'une des nombreuses bornes réseau du hall retint son attention. Il était déjà l'heure des infos. Une journaliste au physique éloquent se tenait devant l'enseigne du virtual spacebar et commentait en direct l'intervention des secours. Elle parlait d'un soi-disant attentat et d'une vingtaine de victimes.
" Joli travail " pensa Léo.
Il s'arracha à la contemplation un peu sadique des pauvres gens ahuris que les secouristes engouffraient dans les ambulances et poussa la lourde porte de l'amphithéâtre.
Les sirènes des ambulances résonnaient encore dans sa tête.

Quand Shymfadyl entra dans l'amphithéâtre du Symposium, un silence obèse s'abattit brutalement. Shym le remarqua bien évidemment mais n'y attacha aucune importance car il avait l'habitude de ce genre d'accueil. Il ne connaissait que lui d'ailleurs. C'était toujours pareil, le commun des mortels se pressait comme des insectes pour le voir et réagissait finalement toujours de la même manière : ils devenaient silencieux et leurs visages sans beauté se figeaient dans l'angoisse.
L'accueil, ce soir-là, était cependant un peu plus froid que d'habitude ce qui l'incita, comme sa nature provocatrice le lui dictait souvent, à se parer de son plus beau sourire. Une arme absolue pour ces pauvres créatures ! Il s'avança de sa démarche gracieuse et légère vers le relais com qui planait au centre de l'amphi et dit de sa plus belle voix, vraiment décidé à pourrir l'ambiance pour des lustres :
- Je vous salue représentants du peuple d'Europa. Comme le protocole nous le conseille, nous traiterons en premier lieu des affaires courantes, avant d'envisager les questions d'ordre éthique.
Il se tut le temps de parcourir l'assemblée toujours aussi inerte et muselée de son regard ocre et mobile et esquissa un bref mais non moins saisissant sourire en apercevant Léo près de la grande porte du haut.
- Je rappelle que je parle aussi au nom de Res, le grand coordinateur des continents, poursuivit-il, son regard perçant rivé sur Léo.
Léo frémit légèrement en entendant Shymfadyl nommer Res, car il s'agissait du code qu'ils avaient mis au point ensemble pour lui signifier que ses ordres tenaient toujours. Il allait devoir faire le sale boulot comme toujours ! Quoiqu'il n'ait pas eu l'espoir d'y échapper cette fois-ci !
Il ferma les yeux et enclencha un changement de phase.
Une sensation de liquide froid s'empara de son abdomen.

Il rouvrit les yeux une nanoseconde plus tard et tout avait changé autour de lui. L'air avait pris la consistance d'un liquide, tiède et un peu visqueux, et la lumière s'était transformée en particules brûlantes, solides et légères comme des flocons de neige. Le métabolisme de Léo, son système nerveux, sa perception, sa pensée, s'étaient accélérés au point de le rendre invisible à la rétine humaine. Il était désormais des milliers de fois plus rapide. Il vivait enfin au rythme pour lequel il avait été créé.
La foule qui remplissait l'amphithéâtre semblait figée pour des millénaires et depuis toujours, tous les regards étaient devenus vagues et inexpressifs. En jetant un œil vers le centre de l'amphithéâtre, Léo vit Shym changer de phase lui aussi.
Il l'entendit clairement dire " le 8ème au 7ème rang. Grégor Morris " avant qu'il ne retourne à la phase initiale et redevienne une statue de marbre, plus élégante et bien plus belle que les autres, mais au regard tout aussi inexpressif. Léo ne s'attarda pas trop longtemps sur cette image car elle le mettait mal à l'aise, et commença à étudier un itinéraire pour se frayer un chemin jusqu'à Morris. Il devait être vigilant car à cette vitesse, un simple effleurement devenait un coup acéré capable de sectionner un membre.
Il se contorsionna follement pour arriver jusqu'à Morris, prenant des postures dignes d'un invertébré, mais tous ses efforts louables ne servirent pas à grand-chose : la foule était trop compacte et évidemment quelques têtes et bras volèrent sur son passage. Léo sortit son arme une fois à bout portant, et tira. Le champ émis par son pistoblast se matérialisa autour du représentant puis se rétracta lentement jusqu'à l'implosion, réduisant le corps de l'homme en bouillie. Un long flup ! Du sang et des tripes furent projetés en silence alentours et sur Léo qui se frayait déjà un chemin vers la sortie.

 
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